L'une des plumes les plus réel du rap français revient après deux ans de voyages pour nous livrer un des albums les plus percutants qui soient. Quand la rue ressemble de plus en plus à une impasse, Youssoupha, lui, prend la tangente...
Cheminement intérieur n'aura jamais aussi bien cohabité avec expérience des grands espaces. Deux ans après À chaque frère, Youssoupha revient plus enrichi que jamais et fait souffler le Ténéré sur un rap hexagonal en pleine asphyxie. Lors de ses nombreux voyages dans le continent qui l'a vu naître, le plus africain des rappeurs français s'est retrouvé face à un dilemme : pas tout à fait d'ici mais plus vraiment de là-bas non plus. C'est de ces limbes identitaires qu'il crache en guise d'intro "À force de me sentir chez moi partout, je ne suis plus chez moi nulle part" avant de conclure finalement sur "Qu'est-ce qui me retient en France à part le rap français ?". Encore qu'il va en prendre pour son grade, le rap français : son premier single, L'Effet Papillon vient remettre quelques vérités d'aplomb et enfonce les points sur les "i" à la massue dans un subtil mélange de "clash" et de message fédérateur. Un tour de force mais pas vraiment une surprise car Youssoupha a mis à profit ces deux ans d'absence pour affûter encore un peu plus son art de l'écriture, qui lui permet désormais de tutoyer sans rougir des maîtres de la rime comme Oxmo Puccino ou MC Solaar. Des références 90's dont le rappeur se réclame comme témoins d'un temps où les albums étaient des pièces complètes et réfléchies et non des collections de sons mis bout à bout comme il en déborde des bacs de nos jours ; bonne nouvelle, cet album est de la trempe des premiers. Le crédo d'À chaque frère était "T'avais jamais entendu de rap français" ; on ira encore plus loin : "T'avais jamais entendu Youssoupha avant Sur les chemins du retour".